Risques biologiques

Les risques biologiques

Les moyens de se protéger de pandémies catastrophiques sont en grande partie connus ; les déployer demande bien plus que des biologistes.

Face aux épidémies, « ce qui se passe à chaque fois », selon l'ancien président de la Banque mondiale Jim Kim, est un cycle : panique, négligence, panique, négligence1. La France l'a vécu avec ses stocks de masques. Entre 2011 et 2016, le stock stratégique de l'État en masques FFP2 est passé de 700 millions à 700 000 unités ; fin 2019, à la veille du Covid-19, il ne restait que 100 millions de masques chirurgicaux, contre 754 millions deux ans plus tôt2.

Le Covid-19 a été une catastrophe à l'échelle mondiale : environ 22 millions de décès en excès entre 2020 et 20233. Des pandémies bien pires restent pourtant possibles, qu'elles soient d'origine naturelle, accidentelle ou délibérée4.

Les moyens de réduire ce risque sont en grande partie connus : d'abord empêcher la création et le mauvais usage des agents pathogènes les plus dangereux, puis limiter leur propagation dans les lieux fermés et les détecter tôt, enfin produire vite vaccins et traitements. Les travaux consacrés aux pandémies catastrophiques reçoivent en revanche une très petite part des budgets de sécurité sanitaire5. Le déploiement de ces solutions ne demande pas seulement des biologistes, mais beaucoup d'autres corps de métier : juristes, ingénieurs, logisticiens, spécialistes des politiques publiques, entre autres.

Cette page décrit ce que l'on risque, les leviers qui existent, les métiers qui permettent de les actionner, et où commencer depuis la France.

Un soignant en blouse, charlotte et masque chirurgical s'apprête à injecter un vaccin dans le bras d'une personne.

Le Covid n'est pas le pire scénario possible

Par « pandémie catastrophique », nous entendons un événement biologique soudain, d'une ampleur telle qu'il dépasserait la capacité collective des États et des entreprises à le maîtriser4. Le Covid-19, malgré son bilan, n'a pas dépassé ce seuil : un premier vaccin a été validé par l'OMS un an après le début de l'épidémie6. Les scénarios dont nous parlons ici se situent, eux, au-delà.

Un tel événement peut avoir trois origines :

  • Un agent pathogène passe de l'animal à l'humain, ce qui est le cas d'environ trois quarts des maladies infectieuses émergentes7.
  • Un agent pathogène s'échappe d'un laboratoire par accident.
  • Ou quelqu'un cherche délibérément à nuire.

Quelle que soit l'origine, les protections se recoupent largement : détecter tôt, limiter la transmission et produire vite des contre-mesures servent dans les trois cas. Travailler sur les pires scénarios garde donc sa valeur même si leur probabilité est faible, puisque les mêmes outils protègent contre des épidémies plus probables. Et par définition, un événement de cette ampleur n'a pas de précédent : on ne peut pas attendre d'en avoir observé un pour s'y préparer.

Deux évolutions récentes affectent et contribuent aussi à ce risque. La biologie de synthèse rend certaines manipulations du vivant plus accessibles8. L'intelligence artificielle, elle, pourrait à la fois mettre la capacité de nuire à la portée de davantage d'acteurs et rendre possibles des dommages plus graves9. Le rapport international sur la sûreté de l'IA publié en 2026 estime que les modèles généralistes peuvent déjà fournir des informations utiles au développement d'armes biologiques10, et deux des principaux développeurs d'IA ont renforcé leurs protections par précaution en 202511. L'effet réel de l'IA reste toutefois débattu. Un exercice mené par RAND début 2024 n'avait pas montré que l'IA facilitait la préparation d'une attaque biologique ; mais il portait sur des modèles de 2023, depuis largement dépassés12. Rien n'est donc tranché, mais ce risque ne peut plus être écarté.

L'IA pose d'autres risques que celui-ci. Ils sont traités dans notre page « Les développements rapides de l'intelligence artificielle ».

Le progrès ouvre aussi des risques entièrement nouveaux. En décembre 2024, 59 chercheurs ont alerté dans la revue Science sur les « bactéries miroirs », des organismes artificiels dont les molécules seraient l'image inversée de celles du vivant et qui pourraient échapper aux défenses immunitaires des êtres vivants13. Ils recommandent de ne pas chercher à les créer : encadrer une technologie avant même qu'elle n'existe est l'un des leviers de ce domaine.

Une boîte de Petri sur fond noir, couverte de centaines de colonies bactériennes blanches.

Les scénarios les plus graves reçoivent une très petite part des moyens

Le cycle décrit par Jim Kim a été documenté en 2017 par un groupe de travail international sur le financement de la préparation, dont la Banque mondiale assurait le secrétariat : après chaque épidémie, l'attention et les budgets retombent jusqu'à la suivante1. Le stock de masques français en est un exemple parmi d'autres.

Si la préparation en général souffre de ce cycle, les moyens consacrés spécifiquement aux pires scénarios sont encore plus réduits. Selon une estimation de la fondation Founders Pledge, moins de 2 % des dépenses publiques de sécurité sanitaire servent à prévenir des événements biologiques catastrophiques5. L'unité chargée de faire vivre la Convention sur les armes biologiques, le traité international qui les interdit, fonctionne avec quatre personnes, pour un budget total de la Convention inférieur à 2 millions de dollars par an14, soit plusieurs centaines de fois moins que le budget annuel de l'autorité européenne de préparation aux urgences sanitaires, HERA15. D'autre part, les demandes que reçoit le Pandemic Fund, fonds multilatéral lié à la Banque mondiale, dépassent plus de six fois ses moyens16.

Ce décalage a une conséquence directe pour qui cherche où être utile. Dans un domaine où des milliers de personnes travaillent déjà, une de plus change peu de choses ; là où elles sont peu nombreuses, chaque personne compétente pèse davantage. C'est le cas du travail sur les pires scénarios biologiques.

Quatre leviers, de la prévention à la réponse, réduisent le risque quelle que soit son origine

Ces moyens limités se répartissent entre quatre leviers à mobiliser successivement : empêcher qu'un agent pathogène dangereux soit créé ou détourné, le détecter tôt s'il apparaît, limiter sa propagation, puis répondre vite et renforcer la résilience. S'y ajoute la gouvernance internationale, qui les concerne tous.

Aucune de ces protections n'est parfaite, et c'est pourquoi on les empile. C'est le principe de la défense en profondeur (en anglais, layered defense), souvent illustré par le « modèle du fromage suisse » : chaque tranche a des trous, mais en superposer plusieurs réduit fortement la probabilité qu'un agent pathogène les traverse toutes17.

Trois tranches de fromage percées de trous, alignées les unes derrière les autres. Quatre flèches rouges les traversent : trois sont arrêtées par une tranche pleine, une seule passe par des trous alignés et traverse les trois.
Le modèle du fromage suisse. Schéma : BenAveling, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.
LevierOù on en estExemples de profils recherchés (non exhaustif)
Empêcher la création et le mauvais usage : contrôle des commandes d'ADN, sécurité des laboratoires, encadrement de la recherche à double usage, Convention sur les armes biologiquesDans l'Union européenne, le contrôle des commandes d'ADN passe du volontaire au contraignant18Techniques : bio-informatique, ingénierie logicielle (outils de vérification des clients et de contrôle des commandes d'ADN). Non techniques : relations internationales, droit, gestion.
Détecter tôt : séquençage des eaux usées, veille épidémiqueOn sait désormais estimer ce que coûterait la détection d'un pathogène inconnu dans les eaux usées19Techniques : informatique, bio-informatique, santé publique. Non techniques : gestion de projet, partenariats, logistique.
Limiter la propagation : qualité de l'air des lieux fermés, équipements de protectionLes UV lointains, qui désinfectent l'air, sont prometteurs mais pas encore validés en conditions réelles20Techniques : ingénierie, physique, sciences des matériaux, modélisation, épidémiologie. Non techniques : politiques publiques.
Répondre vite et renforcer notre résilience : vaccins, traitements, stocks, production, gestion de criseL'objectif international est de disposer d'un vaccin en cent jours21Techniques : immunologie, virologie, recherche sur les traitements. Non techniques : droit, réglementation, administration, gestion de projet.
Transversal : gouvernance internationaleUn accord mondial sur les pandémies a été adopté à l'OMS en 2025, et le Règlement sanitaire international a été renforcé22Non techniques : droit international, politiques publiques, diplomatie ; et des profils aux compétences multiples et transversales, possiblement techniques ou politiques, capables de comprendre les risques techniques et de les expliquer aux décideurs.

Quel que soit le levier, c'est le poste qui détermine la formation attendue. Les postes techniques (laboratoire, bio-informatique, sciences des matériaux) demandent une formation scientifique ou d'ingénieur, pas forcément en biologie. Les postes en politiques publiques, en droit, en fonctions support (administration, finances), en partenariats et en gestion de projet n'exigent pas d'expertise pointue sur le sujet, mais une bonne compréhension des enjeux. De bonnes options existent dans ce domaine avec ou sans solide formation scientifique en biologie23.

Protéger ou nuire : la question du double usage

Travailler sur ces leviers a une contrepartie. En biologie, comme dans beaucoup d'autres sciences, une partie des connaissances utiles pour se protéger peut aussi servir à nuire : on parle de recherche ou de technologie à double usage. Travailler dans ce domaine suppose donc d'évaluer chaque projet pour ses bénéfices et pour ses risques, y compris celui de diffuser une information dangereuse.

En France, un conseil consultatif placé auprès du SGDSN et de l'Académie des sciences, le Conseil national consultatif pour la biosécurité, est chargé d'anticiper ces questions et de proposer des mesures de prévention24. À l'échelle d'une carrière, c'est surtout en recherche que la question se pose : avant de rejoindre un laboratoire ou un projet, il est raisonnable de demander quelles règles il applique sur ce point.

Pourquoi vous pourriez préférer travailler sur autre chose

Cette page décrit un problème, pour lequel il existe aussi des raisons de ne pas en faire votre priorité.

La gravité des pires scénarios est très incertaine. Personne ne sait estimer précisément la probabilité d'une pandémie catastrophique, et certains chercheurs, dont David Thorstad, jugent ces risques exagérés25.
→ Les outils qui protègent contre le pire servent pourtant aussi contre des épidémies plus probables : le travail garde sa valeur même si le pire n'arrive pas.

Le domaine semble déjà bien financé.
→ Les budgets de sécurité sanitaire sont importants, mais moins de 2 % visent les événements catastrophiques5. C'est pourtant sur cette fraction négligée qu'une personne de plus compte le plus.

Depuis la France, les postes sont très spécifiques. C'est vrai : les organisations spécialisées sont surtout internationales, et beaucoup de postes demandent de travailler en anglais.
→ Certains leviers s'exercent toutefois depuis des institutions françaises et européennes, et plusieurs formations sont accessibles à distance (voir ci-dessous).

Vous pourriez préférer des résultats plus directement mesurables. Par exemple une cause où l'effet de votre travail se mesure dès aujourd'hui, comme la santé mondiale, plutôt que la réduction d'un risque rare dont on ne saura jamais s'il a été évité. Ou juger que les risques liés à l'IA pèsent davantage. C'est un désaccord légitime sur ce qui compte : nos pages « Santé et conditions de vie dans le monde » et « Les développements rapides de l'intelligence artificielle » présentent ces autres options.

Où travailler : quelques institutions françaises, surtout Bruxelles et Genève

Reste à savoir où commencer. Les institutions françaises qui travaillent sur les menaces biologiques couvrent un champ plus large que les pires scénarios : elles gèrent aussi les crises courantes. Les organisations spécialisées dans les risques catastrophiques sont surtout internationales, avec des portes d'entrée à Bruxelles, à Genève et en ligne.

OùOrganisation ou programmeCe qu'on y trouve
FranceSGDSNCoordonne la réponse de l'État aux menaces NRBC et le plan gouvernemental pandémie ; recrute des profils variés
FranceInstitut PasteurCellule d'intervention biologique d'urgence, centres nationaux de référence ; postes aussi en droit, finance, informatique
FranceDGA Maîtrise NRBCCentre de référence de la défense contre les menaces NRBC ; ingénieurs, techniciens, stages
FranceSanté publique FranceSurveillance, alerte, stocks stratégiques ; surtout des profils de santé publique
FranceMaster 2 Risques NRBCE, Sorbonne UniversitéUn an de formation, ouvert aux ingénieurs et aux logisticiens
FranceiGEMCompétition internationale de biologie de synthèse, siège européen à Paris, avec un programme dédié à la biosécurité et à la responsabilité face à l'innovation
BruxellesHERA et DG SANTE, Commission européennePréparation de l'Union aux urgences sanitaires ; postes de chargé·e de mission (policy officer)
BruxellesStage Blue BookStage rémunéré de cinq mois à la Commission européenne, l'une des principales portes d'entrée pour un profil junior
StockholmStages de l'ECDCStages rémunérés à l'agence européenne de prévention des maladies ; elle recrute aussi sur des postes, et propose des programmes de montée en compétence de deux ans (EPIET, EUPHEM) pour profils scientifiques expérimentés
GenèveStages de l'OMSOuverts aussi aux sciences sociales et à l'administration ; l'OMS recrute aussi sur des postes, plus sélectifs
GenèveProgramme jeunes diplômés de l'UNIDIRInstitut de recherche de l'ONU sur le désarmement, notamment des armes de destruction massive, dont les armes biologiques
GenèveUNODA Youth for BiosecurityProgramme de l'ONU pour les jeunes spécialistes de la biosécurité des pays du Sud, y compris celles et ceux qui étudient en France
GenèveIBBISNormes et outils pour contrôler les commandes de synthèse d'ADN (filtrer les séquences dangereuses avant fabrication) ; une organisation à suivre
En ligneCours Biosecurity de BlueDotCours en groupe, à prix libre ; bourses pour financer une reconversion
Cambridge (R.-U.)ERA AIxBio Research FellowshipProgramme de recherche rémunéré sur l'IA et la biosécurité, tous profils bienvenus
LondresPivotal, Frontier Biodefense FellowshipProgramme rémunéré, sans prérequis de formation
ZurichZurich Biosecurity HubConférences, programmes de montée en compétence et conseils d'orientation, sans formation en biologie requise

Pour aller plus loin : la carte participative biosecurity.world recense les organisations du domaine dans le monde, et le profil de 80,000 Hours sur la prévention des pandémies catastrophiques approfondit les arguments (en anglais).

Choisir entre ces options, souvent dans plusieurs pays et en anglais, est le genre de décision qu'une conversation permet de trancher. Si ce sujet vous intéresse, parlons-en.

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Sources et notes (25)

  1. Jim Kim, cité par Devex, « Pandemic response a cycle of "panic and neglect," says World Bank president » (page datée du 5 avril 2017, en anglais) ; le cycle est analysé par l'International Working Group on Financing Preparedness, « From Panic and Neglect to Investing in Health Security », Banque mondiale, mai 2017 (en anglais). ↩ ↩2

  2. Sénat, commission d'enquête sur la gestion de la crise sanitaire, « Santé publique : pour un nouveau départ », synthèse, 8 décembre 2020. ↩

  3. OMS, « Global health gains face threat of reversal », 13 mai 2026 (en anglais). Les décès en excès mesurent l'écart entre les décès observés pendant une crise et ceux attendus en temps normal ; ils incluent les décès indirects (OMS, en anglais). Pour l'ordre de grandeur économique, le FMI projetait en janvier 2022 environ 13 800 milliards de dollars de pertes cumulées de production mondiale d'ici 2024 (Gopinath, blog du FMI, en anglais). ↩

  4. Schoch-Spana et al., « Global Catastrophic Biological Risks: Toward a Working Definition », Health Security, 2017 (en anglais). ↩ ↩2

  5. Christian Ruhl, « Global Catastrophic Biological Risks: A Guide for Philanthropists », Founders Pledge, octobre 2023, p. 13 (en anglais). Le même rapport estime à environ 500 millions de dollars par an les dépenses publiques américaines réellement consacrées aux risques biologiques catastrophiques (p. 74) ; ces budgets ont été réduits depuis. ↩ ↩2 ↩3

  6. OMS, première validation d'un vaccin contre le Covid-19 pour une utilisation d'urgence, 31 décembre 2020 (en anglais). ↩

  7. PNUE, « Coronaviruses: are they here to stay? », 3 avril 2020 (en anglais). ↩

  8. National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine, Biodefense in the Age of Synthetic Biology, résumé, 2018 (en anglais). ↩

  9. Centre for Long-Term Resilience, Global Risk Index for AI-enabled Biological Tools, septembre 2025, p. 9 ; même cadrage dans The near-term impact of AI on biological misuse, juillet 2024 (en anglais). ↩

  10. International AI Safety Report 2026, résumé, février 2026 (en anglais). ↩

  11. Anthropic, « Activating AI Safety Level 3 protections », mai 2025 ; OpenAI, « ChatGPT agent System Card », juillet 2025 (en anglais). ↩

  12. RAND, communiqué du 25 janvier 2024 (en anglais). ↩

  13. « Confronting risks of mirror life », Science, 12 décembre 2024 (version acceptée, en anglais). ↩

  14. ONU, présentation de l'unité d'appui à l'application de la Convention, décembre 2023 ; Arms Control Association, janvier 2023 (en anglais). ↩

  15. Commission européenne, financements de HERA (en anglais) : environ 4,5 milliards d'euros sur 2022-2027 (EU4Health et Horizon Europe), soit de l'ordre de 750 millions d'euros par an. ↩

  16. Pandemic Fund, fiche d'information, mars 2026 (en anglais). ↩

  17. James Reason, « Human error: models and management », BMJ, vol. 320, p. 768-770, 2000 (en anglais). ↩

  18. Commission européenne, proposition de Biotech Act (en anglais). ↩

  19. SecureBio, article publié dans The Lancet Microbe, octobre 2025 (en anglais). ↩

  20. « Far UVC Technology and Germicidal Ultraviolet Energy: Policy and Research Review », Health Security, janvier 2026 (en anglais). ↩

  21. CEPI, plan stratégique 2027-2031, février 2026 (en anglais). ↩

  22. OMS, négociations sur l'annexe de l'accord sur les pandémies, juillet 2026 (l'accord a été adopté en mai 2025) ; OMS, entrée en vigueur du Règlement sanitaire international amendé, septembre 2025 (en anglais). ↩

  23. 80,000 Hours, « Pandemic prevention and biosecurity », mai 2026 (en anglais). ↩

  24. SGDSN, le Conseil national consultatif pour la biosécurité. ↩

  25. Voir notamment les critiques de David Thorstad, présentées dans le profil de 80,000 Hours (en anglais). ↩