Santé et conditions de vie dans le monde

Venir en aide aux personnes les plus vulnérables dans le monde

Considérations essentielles pour des actions efficaces.

Quelque part dans le monde, un enfant meurt toutes les sept secondes. Ils étaient 4,9 millions en 2024, dont près de la moitié dans leur premier mois de vie 1. Beaucoup sont morts de maladies qu'on sait pourtant prévenir pour un coût de quelques euros.

De ce drame quotidien, il faut avoir en tête un autre aspect : la dynamique d'amélioration. Il meurt aujourd'hui moitié moins d'enfants qu'en 2000 (en nombre absolu), alors que le nombre de naissances est resté à peu près stable 1.

Cet article présente l'état des besoins, ce qui bloque aujourd'hui, et certaines voies professionnelles par lesquelles on peut contribuer.

Les progrès sont réels, et il reste pourtant énormément à faire

Reprenons : 4,9 millions d'enfants morts avant cinq ans en 2024, dont 2,3 millions de nouveau-nés. Ce nombre a baissé de plus de moitié depuis 2000, ce qui en fait l'un des reculs les plus nets de l'histoire récente. Mais depuis 2015, le rythme de réduction a ralenti de plus de 60 % 1.

Lorsqu'on regarde les conditions matérielles de vie, c'est-à-dire le niveau de vie des personnes, la trajectoire est comparable : en 1990, 43,4 % de l'humanité vivait sous le seuil international d'extrême pauvreté, soit 2,30 milliards de personnes. En 2024, 10,4 %, soit 847 millions 2. La proportion a été divisée par quatre et le nombre absolu a reculé de près d'un milliard et demi, pendant que la population mondiale gagnait près de trois milliards d'habitants. Ce qui reste représente tout de même douze fois la population française.

Deux courbes de 1990 à 2026. La part de la population mondiale vivant sous le seuil d'extrême pauvreté passe d'environ 43 % à 10 %. Le nombre de personnes concernées passe d'environ 2,3 milliards à un peu plus de 800 millions, avec une légère remontée en 2020.
Part et nombre de personnes vivant avec moins de 3 dollars par jour, 1990-2026. Les dernières années sont des projections. Source : Our World in Data, d'après la Banque mondiale, licence CC BY.

On croit souvent que ces chiffres exagèrent la gravité de la situation, parce que la vie coûterait moins cher dans les pays pauvres. Malheureusement, ça n'est pas le cas : le seuil d'extrême pauvreté est de 3 dollars par jour après correction des écarts de prix entre pays 2. Il s'agit bel et bien de ce que trois dollars permettaient d'acheter aux États-Unis en 2021.

Pour se représenter le niveau de dénuement que cela représente, on peut considérer la pauvreté telle qu'elle est définie en France. Le taux de pauvreté français est souvent défini de manière relative : il compte les personnes vivant avec moins de 60 % du niveau de vie médian, soit environ 1 337 euros par mois pour une personne seule 3. Le seuil d'extrême pauvreté est absolu, et plus de quinze fois plus faible. Être pauvre en France, c'est vivre avec moins de 44 euros par jour environ. Vivre dans l'extrême pauvreté, c'est vivre avec moins de trois dollars, et c'est le lot d'un humain sur dix. Le site MieuxDonner propose d'ailleurs un outil grâce auquel vous pouvez estimer où votre revenu vous situe dans la distribution mondiale : À quel point suis-je riche ?

L'Afrique subsaharienne concentre 58 % des décès d'enfants de moins de cinq ans, l'Asie du Sud 25 %. Dans la première, les principales maladies infectieuses (pneumonie, diarrhée, paludisme) causent 54 % des décès avant cinq ans (contre 9 % en Europe et en Amérique du Nord) 1. L'écart a plusieurs causes : l'exposition aux agents infectieux, liée notamment au climat mais aussi beaucoup aux conditions locales de vie, et les capacités des systèmes de santé locaux.

On sait ce qui marche, et on sait à quel prix

L'inégalité de la répartition de ces problèmes est un bon indice qu'ils ne sont pas une fatalité, et résultent plutôt des moyens investis pour les prévenir. Ces sujets font l'objet de recherches depuis des décennies, et des leviers particulièrement efficaces ont été identifiés pour s'y attaquer. En voici trois exemples inspirants.

Les moustiquaires réduisent le risque de mourir du paludisme à faible coût

Le paludisme est causé par un parasite que transmet la piqûre de certains moustiques, les anophèles femelles, qui piquent surtout la nuit. C'est une maladie qu'on sait éviter et guérir 4. On a pourtant recensé 282 millions de cas et 610 000 décès en 2024, dont 94 % des cas dans la Région Afrique de l'Organisation mondiale de la santé. Dans cette région, trois décès sur quatre sont ceux d'enfants de moins de cinq ans 5.

Une moustiquaire imprégnée d'insecticide, tendue au-dessus du lit, empêche les moustiques d'atteindre les dormeurs et tue ceux qui s'y posent. Elle coûte environ 5 euros, distribution comprise 6. Elle réduit un risque de piqûre, donc de contagion, mais n'évite pas un décès à chaque fois qu'elle est utilisée : il en faut un certain nombre pour sauver une vie. En reliant les distributions aux décès évités, l'évaluateur GiveWell estime que ses financements dirigés vers l'Against Malaria Foundation entre 2022 et 2024 reviennent en moyenne à environ 5 500 dollars par vie sauvée 6. Un résultat sanitaire peut être solidement établi statistiquement sans qu'aucune vie sauvée ne soit identifiable individuellement.

Ce chiffre mérite qu'on s'y arrête. Pour décider de ses investissements publics, en sécurité routière par exemple, l'État français compte chaque décès évité pour environ 4 millions d'euros : c'est la « valeur de la vie statistique » 7. La même somme, consacrée aux moustiquaires, permettrait d'éviter près de neuf cents décès.

Agir à haut niveau pour retirer les peintures au plomb du marché

Le plomb nuit de façon permanente au développement du cerveau de l'enfant, et il n'existe pas de concentration sanguine sans danger connu. Les peintures en sont une source d'exposition courante, et moins de la moitié des pays en encadraient la teneur par une règle contraignante en janvier 2024 8.

Le Lead Exposure Elimination Project fait analyser les peintures vendues dans un pays, puis travaille avec les autorités pour établir une limite réglementaire et accompagne gratuitement les fabricants qui changent de formule 9. Fin 2025, l'organisation créée en 2020 intervenait déjà dans 40 pays.

L'exemple de leur campagne au Malawi montre les résultats de cette approche, et ses limites. Les marques utilisant des matières premières au plomb représentaient 89 % du marché en 2021, elles n'en représentent plus que 4 % selon sa dernière étude de suivi 9. Mais deux gros fabricants connaissent encore des problèmes de contamination résiduelle : leurs peintures dépassent légèrement la limite recommandée, de 10 à 100 parties par million, là où les dépassements se comptaient en milliers en 2021. Comme ces deux fabricants pèsent lourd, 48 % du marché reste au-dessus de la limite. L'ère de la peinture au plomb n'est pas encore terminée, mais au Malawi elle touche à sa fin.

L'intérêt de cet exemple tient surtout à son mode d'action. Une peinture reformulée protège tous les acheteurs du produit, sans qu'il faille atteindre chaque famille une par une. Et ce sont ici des juristes, des chimistes et des lobbyistes qui font ce travail de prévention, et pas seulement des soignants.

Les transferts monétaires laissent les ménages décider

Une autre approche peu connue consiste à donner de l'argent, sans condition d'usage. Une évaluation menée dans l'ouest du Kenya a suivi 653 villages, dont une partie tirée au sort recevait des transferts 10. Les ménages retenus ont reçu 1 000 dollars, ce qui représentait environ 75 % de leurs dépenses annuelles. Dix-huit mois après le premier versement, leurs dépenses dépassaient de 12 % celles du groupe de comparaison et leur patrimoine durable de 24 %. Les voisins qui n'avaient rien reçu dépensaient eux aussi 13 % de plus, par l'effet de l'activité commerciale locale, et l'inflation locale est restée sous 0,25 %. Ces dons ont donc eu un effet relativement large.

C'est le plus cher de nos trois exemples, mais il sert de mètre étalon : les transferts monétaires inconditionnels sont à la fois très efficaces (comparés à beaucoup d'interventions humanitaires), et relativement faciles à déployer à grande échelle, ce qui en fait une base idéale à laquelle comparer les autres programmes. C'est aussi une des rares actions qui ne présupposent pas le besoin des bénéficiaires, et ne se substituent pas à leur jugement.


Ces trois exemples d'interventions documentées montrent qu'il est possible d'avoir un impact extraordinairement positif par des actions très variées. À l'heure où nous écrivons ces lignes, plusieurs organisations de ce domaine recrutent activement en France.

De multiples formes d'intervention

Si vous envisagez de travailler stratégiquement à améliorer les conditions de vie dans le monde, il existe bien entendu un immense espace de possibilités pour s'engager : travailler, faire du bénévolat, communiquer, financer… Le niveau d'impact et la solidité des preuves sont très variables, et il est important de faire des recherches avant de s'engager dans une direction ou une autre, pour concentrer vos efforts et possiblement orienter votre carrière entière là où vous pourrez venir en aide au plus grand nombre. La géographie des opérations compte parfois autant que l'intervention : un même programme de chimioprévention du paludisme revient à environ 3 500 dollars par vie sauvée dans l'État de Borno, au Nigeria… mais à 6 500 dollars au Togo 6. Bien qu'il faille toujours accueillir les données avec scepticisme, nous pensons que les études menées par GiveWell et J-PAL sont parmi les meilleures sources au monde pour prioriser les nouvelles actions humanitaires à déployer.

Voici encore quelques domaines où certaines études permettent d'identifier des actions relativement mesurables et coût-efficaces, avec une confiance moins grande toutefois que pour les exemples précédents.

La santé mentale. La dépression touchait environ 322 millions de personnes en 2023, l'anxiété 470 millions, et ces troubles ne sont pas moins fréquents dans les pays pauvres : à structure d'âge égale, la dépression y touche 4,8 % de la population, contre 4,0 % dans les pays à revenu élevé. Ce qui diffère, c'est le traitement : moins d'une personne concernée sur dix y reçoit des soins, contre plus d'une sur deux dans les pays à revenu élevé, et la dépense publique de santé mentale par habitant peut y descendre à 4 centimes de dollar, quand elle atteint jusqu'à 65 dollars dans les pays à revenu élevé 11.

Les évaluations de ce qu'y rapporte un dollar divergent pourtant fortement. Le Happier Lives Institute mesure l'impact en années de bien-être, à partir de ce que les personnes rapportent de leur satisfaction de vie. En 2022, il estimait que la thérapie de groupe proposée par StrongMinds en Ouganda et en Zambie produisait 77 de ces unités pour 1 000 dollars, près de dix fois plus que les transferts monétaires. GiveWell a repris le même dossier en 2023 avec des hypothèses plus prudentes : des bénéfices bien moindres pour l'entourage du patient, des effets qui s'estompent plus vite, des participants qui tendent à fournir des réponses agréables pour les enquêteurs. GiveWell aboutit à 17 : soit, à l'époque, environ deux fois les transferts monétaires mais quatre fois moins que les moustiquaires, et ne recommande pas le programme. Le Happier Lives Institute a depuis révisé son estimation à 40, et à 49 pour Friendship Bench au Zimbabwe 12.

L'éducation. 273 millions d'enfants et de jeunes n'étaient pas scolarisés en 2024, un nombre qui augmente pour la septième année consécutive, et selon une estimation de 2022, 70 % des enfants de dix ans des pays à revenu faible et intermédiaire ne savaient pas lire et comprendre un texte simple 13. C'est le domaine où l'écart entre les actions est le plus documenté. Une étude de la Banque mondiale a comparé 150 interventions à l'aide d'une unité commune, l'année de scolarité ajustée sur ce que les élèves apprennent vraiment. Plus de la moitié n'avaient aucun effet mesurable. Parmi les autres, l'intervention en tête, qui consistait simplement à informer les familles de Madagascar de ce que rapporte la scolarité, fait plus de cent fois mieux que l'intervention médiane, un résultat qui repose sur un seul essai 14. Le panel réuni par la Banque mondiale et l'UNICEF range parmi ses trois « great buys » (meilleurs investissements) l'enseignement par niveau d'apprentissage (par opposition à l'enseignement par classes d'âge), et parmi les « bad buys » (mauvais investissements) l'ajout de moyens isolés, tels que la fourniture de manuels, de matériel informatique ou d'enseignants supplémentaires pour réduire la taille des classes 15.

Le soulagement des douleurs intenses. En 2023, 10,6 millions d'enfants et d'adolescents vivaient ou mouraient en situation de souffrance sévère liée à la santé, dont 96 % dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. La moitié la plus pauvre de la population mondiale vit dans des pays qui ne reçoivent que 1 % des antidouleurs opioïdes distribués dans le monde. Combler le déficit mondial de morphine coûterait environ 145 millions de dollars par an, si tous les pays la payaient au prix le plus bas pratiqué dans certains pays riches 16. Le besoin est établi ; l'efficacité comparée des organisations qui s'y attaquent ne l'est pas encore. Dans cette direction, on peut explorer par exemple l'OPIS (Organisation for the Prevention of Intense Suffering) ou encore, dans un autre registre, l'initiative Clusterfree qui promeut l'accès aux traitements de l'algie vasculaire de la face, l'une des douleurs les plus intenses connues.

Le nerf de la guerre

La moustiquaire imprégnée existe depuis les années 1980, les sels de réhydratation orale depuis les années 1970, et l'essentiel du calendrier vaccinal de base est plus ancien encore. L'un des principaux facteurs qui limitent le déploiement d'interventions humanitaires efficaces est, sans surprise, le financement.

Le financement mondial de la lutte contre le paludisme était estimé à 3,9 milliards de dollars en 2024, quand la cible fixée pour 2025 est de 9,3 milliards. En Afrique subsaharienne, 47 % des personnes exposées dormaient sous une moustiquaire en 2024, une proportion stable depuis 2015 5. Et les dépenses publiques de santé, complétées par l'aide des bailleurs internationaux, atteignaient 17 dollars par habitant et par an dans les pays à faible revenu, quand le minimum estimé pour fournir les services essentiels est de 60 dollars 17.

Est-ce que c'est en voie d'amélioration ? Non. L'aide publique au développement des pays du Comité d'aide au développement de l'OCDE s'est élevée à 174,3 milliards de dollars en 2025, contre 215,1 milliards en 2024, la plus forte contraction annuelle jamais mesurée 18. La santé est le secteur le plus touché. L'aide bilatérale à la santé et à la population représentait 17,6 milliards de dollars en 2024 ; l'OCDE la projette en baisse de 29 à 46 % d'ici 2026. Le paludisme et la tuberculose, deux des maladies infectieuses qui tuent le plus au monde, sont particulièrement touchés 19.

La philanthropie privée pèse donc de plus en plus lourd : acteur majeur, la fondation Gates consacre à la santé mondiale environ 6,3 milliards de dollars par an, soit plus du tiers de toute l'aide bilatérale des pays riches à la santé. À elle seule, elle y consacre davantage que l'aide bilatérale à la santé de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la France ou du Japon ; parmi les pays donateurs, seuls les États-Unis font nettement plus 20. C'est une ressource et une source de fragilité à la fois.

Dans ce contexte, si vous avez la possibilité d'orienter plus de fonds, philanthropiques ou publics, vers les interventions les plus efficaces, par vos propres dons ou par le plaidoyer politique, vous pouvez avoir un impact immense pour des milliers de vies.

Quelques objections courantes

« L'aide humanitaire, ça ne marche pas. » Un certain nombre de programmes humanitaires ont spectaculairement échoué. Par exemple, des fourneaux améliorés distribués dans l'État d'Odisha, en Inde, ont réduit la fumée inhalée la première année, mais l'effet avait disparu dès la deuxième : les ménages s'en servaient mal, ne les entretenaient pas et les ont peu à peu délaissés. Sur quatre ans de suivi, aucun effet sur la santé n'a été mesuré 21. Mais l'existence de certains échecs ne peut disqualifier les progrès bien réels apportés par d'autres programmes, dont plusieurs présentés ici font l'objet de recherches indépendantes solides. Certains résultats sont difficilement contestables, comme l'éradication de la variole en 1980 au terme d'une campagne mondiale d'une dizaine d'années, ou le recul de la dracunculose, passée d'environ 3,5 millions de cas par an au milieu des années 1980 à… 10 cas en 2025 22. Certains programmes ont peu d'impact, d'autres jusqu'à cent fois plus, et une recherche continue permet d'identifier les voies les plus prometteuses.

« Intervenir dans les pays à faible revenu, c'est paternaliste. » Il y a quelque chose de dérangeant dans l'intervention internationale : une aide décidée à distance, qui impose ses priorités et ses formats, peut priver les bénéficiaires du pouvoir de décision et de leur dignité, et parfois même créer une situation de dépendance. L'histoire de l'aide au développement en fournit assez d'exemples, ces risques sont réels. Cependant, les programmes dont il est question ici sont mis en œuvre en grande partie par des ministères locaux, et les ONG travaillent souvent avec des équipes basées dans les pays concernés et qui en sont originaires. Une des interventions présentées plus haut, le transfert monétaire inconditionnel, répond directement à l'objection, puisqu'elle laisse aux bénéficiaires l'entièreté de la décision d'usage de l'aide, et c'est l'une des interventions les plus solidement évaluées. L'approche collaborative et intégrée à l'environnement local est généralement privilégiée par beaucoup d'organisations internationales, qui connaissent les risques générés par le paternalisme.

Où pouvez-vous travailler ?

Plusieurs approches sont complémentaires pour explorer les rôles et environnements possibles.

1. Partir des activités nécessaires plutôt que des intitulés de poste

Les besoins sont nombreux et variés. Le déploiement sur le terrain d'un programme humanitaire, par exemple, demande généralement une chaîne d'approvisionnement, de la logistique et du suivi de terrain.

Mais comme nous l'avons vu, il est possible de contribuer significativement de bien des manières. Vous pouvez également :

  • produire et utiliser des connaissances : pensez à l'épidémiologie, à l'évaluation, à la synthèse de la recherche ;
  • agir sur les règles : travail réglementaire, plaidoyer politique et économique ;
  • orienter des financements, ce qui demande de comprendre comment se construit une estimation de coût par résultat, ce qu'on appelle le coût-efficacité, et comment décident les bailleurs : évaluation d'impact, recherche, attribution de financements.

2. Distinguer les différents environnements

Ces métiers s'exercent dans différents milieux :

  • les organisations non gouvernementales testent et exécutent les programmes, et rendent compte de leurs activités et de leurs résultats ;
  • les institutions publiques, nationales et internationales, financent et fixent les règles ;
  • les entreprises, enfin, peuvent avoir un effet considérable, mais servent surtout des clients solvables : les cas où elles aident directement les plus pauvres sont rares (en anglais).

Chacun de ces environnements possède une culture, une manière de travailler et des contraintes qui lui sont propres.

3. Occuper un rôle, ou créer une nouvelle organisation ?

La plupart des opportunités visibles sont des postes auxquels postuler.

Mais il est également possible de créer de nouveaux projets là où un besoin existe, en montant des projets à forte probabilité d'impact. C'est particulièrement difficile à moins d'être déjà expert·e du sujet, c'est pourquoi nous recommandons de passer par les meilleurs incubateurs du domaine, tels que Charity Entrepreneurship.

En réalité, les meilleurs employés trouvent souvent dans leur rôle de nombreuses occasions d'exercer des qualités entrepreneuriales, comme dans le monde de l'entreprise. Elles pourront servir, au fil du temps, à lancer des projets de plus en plus ambitieux et de plus en plus autonomes.

La maîtrise du français est souvent un atout décisif : l'Afrique francophone est par exemple particulièrement touchée par le paludisme 23. Le français ne remplace pas l'anglais pour autant : le Fonds mondial (en anglais), dont tous les postes sont à Genève, exige un anglais courant. Si vous êtes bilingue, votre profil a des chances d'intéresser beaucoup des acteurs que nous avons mentionnés.

Par où continuer

Selon l'état de votre réflexion, nous vous encourageons à envisager ces voies :

Vous former : au-delà de l'offre universitaire et de la formation continue classiques, notre base de programmes et de formations recense des parcours accélérés d'entrée vers ces métiers, filtrables par domaine, souvent gratuits et en ligne.

Chercher un poste : consultez les offres des job boards présentés sur notre page Passer à l'action.

En discuter : si votre réflexion est engagée, demandez un appel carrière, un échange pour examiner les options que vous avez déjà identifiées, en envisager d'autres, challenger vos projets, et prévoir vos prochaines étapes.

Sources et notes

  1. OMS, UNICEF, Banque mondiale et ONU DAES, communiqué conjoint du 18 mars 2026 sur le rapport UN IGME Levels & Trends in Child Mortality 2025 (en anglais), estimations 2024 : 4,9 millions de décès avant cinq ans, dont 2,3 millions de nouveau-nés ; baisse de plus de moitié depuis 2000 ; ralentissement de plus de 60 % du rythme de réduction depuis 2015. Les 58 % et 25 % portent sur la part régionale des décès, pas sur des taux de mortalité ; les 54 % sur les principales maladies infectieuses. Naissances : 135,8 millions en 2000, 132,4 millions en 2024 (projection), avec un pic à 146 millions en 2012 (Nations unies, World Population Prospects, via Our World in Data, en anglais). « Toutes les sept secondes » arrondit à la seconde supérieure la conversion arithmétique de 4,9 millions de décès par an, qui donne un décès toutes les 6,4 secondes. Les estimations ne sont pas comparables d'une édition à l'autre : chaque mise à jour intègre de nouvelles enquêtes et des méthodes révisées. ↩ ↩2 ↩3 ↩4

  2. Banque mondiale, mise à jour de la Poverty and Inequality Platform, 26 mars 2026 (en anglais) : 847 millions de personnes, 10,4 % de la population, en 2024. Série 1990-2024 via Our World in Data, mise à jour du 26 juin 2026 : 43,4 % et 2,30 milliards en 1990. Actualisation des seuils, juin 2025 : 3,00 dollars par jour aux prix et parités de pouvoir d'achat de 2021. Le relèvement du seuil depuis 2,15 dollars a ajouté environ 125 millions de personnes au décompte de 2022 sans que le monde se soit appauvri. ↩ ↩2

  3. INSEE Première n° 2117, « Niveau de vie et pauvreté en 2024 », 9 juillet 2026 : seuil de 1 337 euros par mois pour une personne seule, 15,4 % de taux de pauvreté monétaire, 9,8 millions de personnes. Champ : logements ordinaires de France métropolitaine, hors DROM, sans-domicile et communautés. Trois dollars par jour font environ 91 dollars par mois, soit 79 euros à 1,15 dollar pour un euro : le rapport entre les deux seuils est d'environ 17. Il met en regard deux monnaies et deux définitions, et reste un ordre de grandeur. ↩

  4. OMS, aide-mémoire « Paludisme », 4 décembre 2025 : le paludisme « se propage à l'être humain essentiellement par la piqûre de certains moustiques anophèles femelles infectés » ; « il s'agit d'une maladie évitable dont on peut guérir ». ↩

  5. OMS, World malaria report 2025, résumé analytique, 4 décembre 2025 (PDF en anglais). Les décès du paludisme et ceux des enfants de moins de cinq ans se recoupent et ne doivent pas être additionnés. Les 3,9 milliards sont un financement constaté en 2024, les 9,3 milliards une cible fixée pour 2025. Les 47 % concernent l'Afrique subsaharienne. ↩ ↩2

  6. GiveWell, How We Produce Impact Estimates, mis à jour en août 2026 (en anglais). Environ 5 500 dollars par vie sauvée pour les moustiquaires : moyenne pondérée des financements de 2022 à 2024, arrondie au multiple de 500 dollars supérieur. Coût par moustiquaire livrée aux ménages : 6 dollars, même période, arrondi au dollar ; la revue de l'Against Malaria Foundation donnait 4 à 6 dollars selon les pays en décembre 2023. Le prix de 2 dollars affiché par l'AMF (en anglais) ne couvre que l'achat. Les 3 500 et 6 500 dollars correspondent à deux subventions de mars 2024 pour la chimioprévention saisonnière du paludisme, dans l'État de Borno au Nigeria et au Togo, et non à des moyennes nationales. Ces estimations portent sur l'impact marginal d'un financement identifié, pas sur le budget entier d'une organisation ; GiveWell les qualifie ailleurs d'« extrêmement approximatives » et reconnaît qu'elles reposent sur des jugements subjectifs (Cost-Effectiveness, en anglais). L'AMF, de son côté, ne publie aucune estimation de vies sauvées et renvoie à GiveWell (en anglais). ↩ ↩2 ↩3

  7. ONISR, La sécurité routière en France, bilan 2024, septembre 2025 (PDF) : 4 159 milliers d'euros par personne tuée en 2024. La valeur de référence a été fixée par la commission Quinet en 2013 à 3 millions d'euros de 2010, et elle est indexée sur la croissance du PIB par habitant ; France Stratégie la reprend à 3,43 millions d'euros de 2018 (PDF). Les quelque 870 décès évités rapportent 4,16 millions d'euros, convertis à 1,15 dollar pour un euro, aux 5 500 dollars de la note 6 ; ils comparent une valeur de référence et un coût estimé, pas deux dépenses. ↩

  8. OMS, aide-mémoire « Intoxication au plomb », 10 juin 2026 : le plomb « peut nuire de façon permanente au développement du cerveau chez l'enfant », il n'existe pas de concentration sanguine sans danger, et « en janvier 2024, seuls 48 % des pays disposaient » de mesures juridiquement contraignantes sur les peintures au plomb. ↩

  9. LEEP, bilan 2025, publié le 24 février 2026 (en anglais). Chiffres du Malawi issus d'études de suivi menées par l'organisation elle-même, sans évaluation indépendante. Les 89 % et 4 % portent sur la part de marché des marques qui utilisent des matières premières au plomb ; les 48 % sur la part de marché qui dépasse la limite recommandée, quelle qu'en soit la cause. Cette seconde part est passée de 35 % en 2024 à 48 % en 2025, les deux fabricants concernés dépassant la limite de 10 à 100 parties par million, contre plusieurs milliers en 2021. LEEP dit travailler avec eux à identifier la source de la contamination, et avec l'organisme national de normalisation à renforcer les contrôles. ↩ ↩2

  10. J-PAL, présentation de l'évaluation (en anglais) ; Egger, Haushofer, Miguel, Niehaus et Walker, Econometrica, novembre 2022 (en anglais). Les 653 villages constituent l'échantillon complet, villages de comparaison compris. Les 12 % portent sur les dépenses dix-huit mois après le début des versements ; les enquêtes de fin d'étude ont eu lieu environ onze mois après le dernier versement, et ce qu'il advient au-delà n'est pas documenté. Paul Niehaus est cofondateur de GiveDirectly, l'organisation qui a distribué les transferts, ce que l'article mentionne. GiveWell a par ailleurs revu à la hausse d'un facteur trois à quatre son estimation de l'efficacité des transferts en novembre 2024, ce qui relève d'autant la barre pour les autres programmes. ↩

  11. OMS, fiches d'information « Depression » (11 septembre 2026) et « Anxiety disorders » (15 septembre 2026) (en anglais), données 2023 : 322 et 470 millions de personnes. Écart de traitement et de dépense : OMS, 2 septembre 2025 et Mental Health Atlas 2024. Prévalence par groupe de revenu : IHME, Global Burden of Disease, via Our World in Data (en anglais), données 2023, standardisées par âge. Ce sont des estimations modélisées, qui s'appuient sur moins d'enquêtes dans les pays à faible revenu qu'ailleurs. ↩

  12. L'unité est le WELLBY, un point de satisfaction de vie sur une échelle de 0 à 10 pendant un an. GiveWell, mars 2023 (en anglais) : 77 WELLBY pour 1 000 dollars selon l'estimation du Happier Lives Institute de 2022, 17 selon GiveWell (fourchette de 3 à 57), contre 8 pour les transferts de GiveDirectly, et 70 pour l'Against Malaria Foundation selon le calcul de GiveWell sous l'une de ses hypothèses philosophiques. Principaux ajustements : bénéfices pour le foyer ramenés de 53 % à 15 % de l'effet sur le patient, biais de désirabilité sociale, biais de publication, perte d'efficacité hors essai et à grande échelle, durée des effets. GiveWell conclut que, « même dans des scénarios optimistes », le programme reste moins coût-efficace que ses autres possibilités de financement. Happier Lives Institute, organisations recommandées, page mise à jour le 18 septembre 2026 (en anglais) : 40 WELLBY pour 1 000 dollars pour StrongMinds et 49 pour Friendship Bench, soit 5,3 et 6,4 fois GiveDirectly. Son analyse de 2023 s'appuie sur une revue systématique et une méta-analyse révisée. Voir aussi la critique de James Snowden, février 2023 (en anglais). ↩

  13. UNESCO, article sur le Rapport mondial de suivi sur l'éducation 2026, 25 mars 2026 : 273 millions d'enfants et de jeunes non scolarisés, données 2024. À signaler pour l'équilibre : 1,4 milliard d'élèves scolarisés, soit 327 millions de plus qu'en 2000. Banque mondiale, « The State of Global Learning Poverty », 23 juin 2022 (en anglais) : estimation de 70 % des enfants de dix ans, contre 57 % avant la pandémie. Ce chiffre n'a pas été actualisé depuis, à notre connaissance. ↩

  14. Angrist, Evans, Filmer, Glennerster, Rogers et Sabarwal, Banque mondiale, Policy Research Working Paper 9450, octobre 2020 (PDF en anglais). Plus de la moitié des interventions examinées ont des effets nuls et sont écartées du classement. En tête : l'information sur les gains liés à la scolarité à Madagascar, 141 années ajustées pour 100 dollars, loin devant les deux suivantes, à 43 et 41. Benjamin Todd, 80 000 Hours, février 2023 (en anglais), sur 41 de ces estimations : médiane de 0,64, moyenne de 7,1, soit un rapport de 220 entre la meilleure et la médiane et de 20 entre la meilleure et la moyenne. Après correction du bruit statistique, il retient qu'au sein d'un même domaine, on peut défendre un rapport « d'environ 10 » entre les meilleures interventions et la moyenne, « peut-être jusqu'à 100 ». Les chiffres beaucoup plus spectaculaires qui circulent parfois viennent de données de 2006 dont les estimations de tête ont été surestimées d'environ un ordre de grandeur, le déparasitage et les moustiquaires en étant les deux cas documentés. ↩

  15. Global Education Evidence Advisory Panel, « 2023 Cost-Effective Approaches to Improve Global Learning », mai 2023 (synthèse de 2 pages, PDF en anglais). Panel réuni par la Banque mondiale, l'UNICEF, le FCDO britannique et l'USAID, à partir de plus de 550 évaluations. ↩

  16. Downing, Knaul, Kwete et al., The Lancet Child & Adolescent Health, mars 2026 (en anglais) : 10,6 millions d'enfants de 0 à 19 ans en souffrance sévère liée à la santé en 2023, dont 96 % dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Répartition des opioïdes : Bhadelia, Knaul et al., American Journal of Public Health, janvier 2019 (en anglais) ; le chiffre porte sur les pays où vivent les personnes, pas sur les personnes elles-mêmes. Coût du déficit : rapport de la Lancet Commission on Global Access to Palliative Care and Pain Relief, 2018 (en ligne en octobre 2017) (en anglais), environ 48,5 tonnes d'équivalent morphine pour 145 millions de dollars par an aux prix les plus bas payés par certains pays à revenu élevé, et environ 600 millions aux prix actuels. ↩

  17. Banque mondiale, communiqué sur le financement de la santé, 19 novembre 2025 (en anglais). Les 17 dollars additionnent dépense publique et financements des bailleurs ; ils n'incluent pas le reste à charge des ménages. ↩

  18. OCDE, « International aid fell sharply in 2025 », 9 avril 2026 (en anglais), et la page OCDE sur l'aide publique au développement : 174,3 milliards de dollars en 2025 et 215,1 milliards en 2024, en prix courants et en base équivalent-don ; 0,26 % du revenu national brut combiné en 2025. Attention aux bases de prix : le recul de 23,1 % est mesuré en termes réels, à prix et taux de change constants, ce qui explique qu'il soit plus fort que la comparaison brute des deux montants, qui donne −19 %. Les États-Unis expliquent environ les trois quarts de la baisse. La France a versé 14,5 milliards. L'OCDE projetait en avril un nouveau recul de 5,8 % en 2026, révisé à 6,9 % en juin (note 19). ↩

  19. OCDE, « The latest 2026 ODA projections reveal aid for health is further at risk », 29 juin 2026 (en anglais) : 17,6 milliards de dollars d'aide bilatérale nette à la santé et à la population pour les pays du CAD en 2024, troisième secteur par le volume ; baisse projetée de 29 à 46 % entre 2024 et 2026, soit 5 à 8 milliards. Périmètre à ne pas confondre : aide bilatérale des seuls membres du CAD, hors philanthropie et hors contributions multilatérales de base, qui reculent elles aussi. Les estimations plus larges, comme celles de l'IHME, donnent un total de l'ordre de 40 milliards et ne se comparent pas à ce chiffre. ↩

  20. Fondation Gates, communiqué du 14 janvier 2026 (en anglais) : budget annuel de 9 milliards de dollars, dont environ 70 % pour la santé mondiale. La comparaison avec l'aide bilatérale à la santé rapproche deux périmètres distincts, l'aide publique au développement excluant par définition la philanthropie. Comparaison par pays : aide publique au développement bilatérale des pays du CAD, secteurs « santé » et « politique en matière de population et santé reproductive », versements bruts en dollars courants, 2024 (OCDE, Système de notification des pays créanciers, en anglais) : États-Unis 11,9 milliards, Royaume-Uni 1,18, Japon 0,82, Allemagne 0,73, France 0,50. Ce périmètre exclut les contributions aux organisations multilatérales comme le Fonds mondial ou Gavi. Sur la même base déclarative, la fondation Gates a versé 3,7 milliards à ces deux secteurs en 2024 : la comparaison tient même mesurée ainsi. ↩

  21. Hanna, Duflo et Greenstone, « Up in Smoke », American Economic Journal: Economic Policy, février 2016 (en anglais). Essai randomisé dans l'État d'Odisha, suivi jusqu'à quatre ans. ↩

  22. Variole : OMS, « Commémoration de l'éradication de la variole », 8 mai 2020, éradication déclarée par la 33e Assemblée mondiale de la santé le 8 mai 1980. Dracunculose : OMS, aide-mémoire du 13 septembre 2024 pour l'estimation de 3,5 millions de cas au milieu des années 1980 ; Carter Center, 30 janvier 2026 (en anglais) pour les 10 cas de 2025, chiffre provisoire. ↩

  23. OMS, « D'une charge élevée à un fort impact : une riposte ciblée contre le paludisme », novembre 2018 : onze pays portant alors environ 70 % de la charge mondiale de paludisme (Burkina Faso, Cameroun, Ghana, Inde, Mali, Mozambique, Niger, Nigeria, Ouganda, République démocratique du Congo, Tanzanie), dont cinq francophones. Le groupe de onze est celui de 2018 et la répartition de la charge a changé depuis. Le français est langue officielle au Cameroun et en République démocratique du Congo, et langue de travail au Mali (Constitution de juillet 2023), au Burkina Faso (révision constitutionnelle de décembre 2023) et au Niger, où la Charte de la refondation de mars 2025 en fait une langue de travail aux côtés de l'anglais. ↩